La séduction de la victoire rapide : leçons de la lutte du Pérou contre le Sentier lumineux
QUATORZE ANS APRÈS qu'une puissante rébellion eut semé la peur et la destruction dans tout le Pérou, le commandant général de l'armée péruvienne, Otto Guibovich, a lancé cet avertissement sinistre : "Si nous ne faisons rien, ils vont croître en nombre et nous allons réaliser que nous avons nos propres FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia)".1 Sendero Luminoso (SL) a mené une violente campagne de guérilla rurale et de terrorisme urbain de 1980 à 1995 ; cependant, sa croissance et son expansion semblèrent disparaître instantanément avec la capture de son leader, Abimael Guzmán. La désintégration rapide de SL a été citée comme un exemple de contre-insurrection réussie, mais la hausse actuelle des victimes et la violence provoquée par le groupe autrefois considéré comme inactif remettent ces conclusions en question. Si l'importance de la capture du leadership de SL est incontestable, les événements récents indiquent que les problèmes fondamentaux qui ont alimenté l'insurrection de Sendero Luminoso demeurent. Pour que le gouvernement du Pérou vainque Sendero Luminoso et produise une stabilité durable, il doit recourir à une combinaison de stratégies centrées sur l'ennemi et sur la population.