IMAGES DE VÉRITÉ : L'ART COMME MOYEN DE RACONTER LA GUERRE INTERNE DU PÉROU
Une femme marche seule, s'essuyant les larmes des yeux d'une main. De l'autre main, elle tient distraitement une quenouille de laine. L'un de ses souliers est cassé. Son dos est légèrement penché vers l'avant, non pas sous le poids de son sac, mais sous le poids de sa tristesse. Ce dessin, réalisé au crayon et au pastel, s'intitule "Tras la sombra del dolor" (Dans l'ombre de la douleur). Bien qu'il n'y ait pas de scènes directes de violence, la douleur de cette femme et de sa communauté est inscrite dans son corps. Sa douleur est visible pour nous ; telle est la capacité de l'art à narrer son expérience. L'art offre un puissant moyen d'expression non verbale. Cet article traite des arts visuels dans la diffusion des mémoires individuelles et collectives du récent conflit au Pérou. Deux prémisses centrales fondent cette recherche sur l'art dans le Pérou post-Sendero Luminoso : premièrement, l'art agit comme un mode de communication, et deuxièmement, à partir de cette communication, nous pouvons compléter notre compréhension historique de la guerre interne du Pérou. Cette étude exige donc d'élargir les archives afin d'inclure d'autres dépôts de mémoire et d'histoire, au-delà des registres produits par l'État et des documents écrits. Cette approche est d'autant plus nécessaire pour les groupes sociaux dont l'expérience peut être exclue des registres écrits et pour les lieux où la présence de l'État est faible, comme les communautés des hautes terres péruviennes les plus touchées par la violence entre 1980 et 1992.