Les usages et abus de la mémoire de María Elena Moyano
Cet article analyse les différents récits qui circulent dans la sphère publique sur la vie et la mort de María Elena Moyano, et la façon dont l'État a tenté de s'approprier la mémoire de Moyano, la déployant comme un élément légitimateur de ses politiques, ce qui fut déterminant dans sa tentative de conquérir les cœurs et les esprits des citoyens péruviens dans la guerre contre Sendero Luminoso. L'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) et ses alliés ont souvent invoqué sa mémoire pour rappeler aux Péruviens la brutalité de Sendero et pour légitimer la politique contre-insurrectionnelle de l'État. Dans tout cet emballage et ce marketing de la mémoire de Moyano, son militantisme politique de gauche et ses critiques éloquentes — tant envers la violence de la part de l'État que face aux politiques économiques néolibérales du gouvernement Fujimori — ont été effacés et réduits au silence.