Les bons terroristes

Je lisais Las soledades de Góngora quand toutes les chaînes du Miami ensoleillé ouvrirent leurs journaux télévisés avec la nouvelle du coup de main audacieux, à Lima, du MRTA (Movimiento Revolucionario Túpac Amaru), qui occupa l'ambassade du Japon avec plus de 400 otages à l'intérieur, parmi lesquels des diplomates, des ministres d'État, des hommes d'affaires, des militaires, de hauts fonctionnaires et les habitués des cocktails mondains, réunis là pour célébrer l'anniversaire de l'Empereur. La première pensée qui me vint à l'esprit était entièrement frivole : la coïncidence extraordinaire d'avoir repris maintenant, au moment où se produisait cet exploit terroriste, un livre que j'avais lu avidement dans tous mes moments libres pendant la campagne électorale péruvienne de 1989-1990, quand le MRTA perpétra ses opérations les plus retentissantes. Depuis lors, la froide et parfaite beauté de la poésie gongorine est indélébilement associée dans ma mémoire au sang et aux fracas de la violence terroriste qui avait marqué cette campagne. Et, à ce qu'il paraît, à l'avenir cette mystérieuse parenté entre le plus habile forgeur de métaphores de la langue castillane et le sauvagisme politique dans mon pays se poursuivra, sans le moindre espoir que la mort (les morts) les sépare. Publié le 26 décembre 1996.

Auteur
Vargas Llosa, Mario
Éditeur
Revista Caretas
Date
1996
Source
CVR - Hemeroteca
Identifiant de référence
articulo-484

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