État et guérillas dans le Pérou des années 80
Le gouvernement belaundiste fut incapable de comprendre la base objective sur laquelle se meuvent les insurgés : les conditions d'exploitation et de domination des masses populaires. Il n'eut pas non plus la sagacité de comprendre qu'eux, à leur manière, cherchaient à canaliser le débordement populaire auquel l'État n'avait donné aucune réponse efficace depuis les années 60. Depuis les nuages, l'architecte pensait autrement : que la subversion n'avait pas de racines internes et qu'elle était le fruit d'une conjuration du narco-terrorisme international. Qui plus est, il n'établit aucune relation entre sa politique économique et la stratégie anti-subversive mise en œuvre par les militaires. Résultat : il aggrava les conditions matérielles sur lesquelles se développe la subversion. Ce fait, d'ailleurs, amena de nombreux analystes à considérer que l'insurrection s'expliquait uniquement par la crise économique et à occulter sa continuité en termes de soulèvement populaire ainsi que le fondement idéologique et politique des insurgés en armes. (Extrait de l'introduction).