The monkey's paw
Lors de mon premier voyage au Pérou en 1983, je glissai un billet dans ma poche à remettre aux guérilleros au cas où ils arrêteraient le bus et fouilleraient les passagers. Le billet me présentait comme une journaliste souhaitant interviewer Abimael Guzmán, le chef du Partido Comunista del Perú-Shining Path, une insurrection qui avait pris pied dans les hautes terres du sud. À la station-service où le bus ferait le plein pour le voyage, le chauffeur se tourna d'abord vers les passagers pour mettre aux voix la question de la poursuite du trajet. Notre destination, Ayacucho, était là où les guérilleros étaient les plus forts. Souvent, ils avaient des listes de noms et triaient, comme on trie des fruits abîmés, les passagers qui étaient des officiers de police ou avaient commis un crime présumé, comme avoir détourné de l'argent d'un projet d'eau potable ou avoir escroqué une communauté paysanne de ses terres. Ces passagers étaient fusillés, agenouillés, au bord de la route. Parmi les Péruviens, il y avait une consultation anxieuse. Je ne ressentais que de l'excitation.