ENTRETIEN AVEC LE DR. HERBERT MOROTE LORS DU NEUVIÈME ANNIVERSAIRE DU RAPPORT DE LA CVR
QUESTIONS Les nombreuses questions posées à l'occasion du 9e anniversaire du Rapport de la CVR commencent par celle-ci : « Ce 28 août marque le neuvième anniversaire du Rapport de la Commission de la Vérité et de la Réconciliation (CVR). Dans quelle mesure avons-nous progressé dans la connaissance de cette période tragique de notre histoire récente ? » RÉPONSE : Non seulement nous n'avons fait aucun progrès, mais nous avons reculé quant à la connaissance du rapport. Il y a 9 ans, c'était la nouveauté, c'était l'actualité, il y avait des débats, des discussions pertinentes, et peut-être même quelqu'un comme moi avait lu l'intégralité des XII tomes du Rapport. Un plus grand nombre avait lu les 477 pages de la version abrégée du rapport « HATUN WILLAKUY »[2], tirée à 20 000 exemplaires qui ont été en grande partie offerts à des personnes d'un gouvernement qui n'avait pas l'intention de le diffuser. Une fois passée l'actualité des premiers jours, la droite cavernicole du pays, à laquelle se sont joints les fujimoristes, le haut commandement militaire et une partie de la hiérarchie ecclésiastique malsaine menée par le cardinal Cipriani, a mené une campagne pour discréditer les membres de la CVR qui, étant déjà dissoute, n'a pas pu se défendre collectivement. Les critiques formulées contre le Rapport rejetaient sans fondement les estimations des meurtres commis par les forces de l'État. Ils auraient préféré que rien ne soit dit sur ces atrocités. La stratégie des opposants au Rapport a évolué en ces neuf années. Au début, des personnages pathétiques comme Rafael Rey, ministre de la Défense sous le gouvernement de García, et les médias que tout le monde connaît, se chargeaient de discréditer le Rapport en accusant ses auteurs d'être des « caviares », c'est-à-dire des communistes déguisés en intellectuels cultivés et indépendants, ainsi que quiconque osait les contredire. Cette stigmatisation est restée dans l'esprit de beaucoup : défendre le Rapport est pour eux un signe d'être de gauche, socialiste, communiste, traître à la patrie. C'est pourquoi, à plusieurs reprises lors des commémorations anniversaires du Rapport, des hordes payées par les fujimoristes ont attaqué à coups de bâtons et de pierres les personnes présentes. L'ancien président de la CVR, le pacifique Dr. Salomón Lerner Febres, a reçu plus d'une humiliation violente en plein visage. La stratégie des négationnistes s'est affinée ces dernières années. Ils font désormais tout leur possible pour empêcher la diffusion du Rapport. Aucun effort n'a été fait pour éditer des versions plus succinctes du Rapport permettant sa lecture par le peuple. Les gouvernements n'ont pas non plus produit de versions destinées à l'enseignement dans les lycées ou les universités. Le silence sur le texte du Rapport gagne du terrain.