Les dilemmes de la mémoire

On dit facilement de nos jours que la mémoire a des droits imprescriptibles et que l'on doit se constituer en militant de la mémoire. Il est nécessaire de bien prendre conscience que lorsque nous entendons ces appels contre l'oubli et en faveur de la mémoire, il ne s'agit pas, la plupart du temps, d'un travail de récupération de la mémoire, d'établissement et d'interprétation des faits du passé qui nous y invite (rien ni personne, dans un pays démocratique comme les États d'Europe occidentale, n'empêche quiconque de poursuivre ce travail), mais plutôt de la défense du pouvoir de sélectionner certains faits qui assurent à leurs protagonistes de maintenir le rôle de héros, de victime ou de moralisateur, par opposition à tout autre choix qui implique le risque de leur attribuer un autre rôle moins gratifiant. C'est la raison pour laquelle il faut éviter de « tomber dans le piège du devoir de mémoire », selon les termes de Paul Ricœur, et se consacrer de préférence au travail de mémoire. (Extrait du document).

Auteur
Todorov, Tzvetan
Éditeur
Universidad de Guadalajara, México
Date
2006
Source
CVR - Hemeroteca
Identifiant de référence
articulo-420